Le propos du jour concerne ces séances de présentation de projets, de pitches si l’on est « puriste ».

Facile à retenir, c’est comme les brioches. Ou alors c’est le moment où l’on souhaite que notre projet ne fasse pas pchittt…

Ca va être un peu corrosif. Ce n’est jamais méchant. Ce n’est surtout pas dans un esprit « c’était mieux avant ». D’ailleurs je reconnais de vraies qualités à ces séances de brain-storming intensif et de striptease entrepreneurial ©. Ne serait-ce que pour se constituer un réseau via des rencontres potentiellement instructives.

L’idée est de prendre ces séances pour ce qu’elles sont et de ne pas en faire un outil d’apprentissage unique.

La brioche « pitch », c’est un emballage attrayant (ces « events » sont généralement bien organisés), une « texture » plus sujette à caution (n’est pas orateur qui veut, et c’est pourtant ce qui est en partie demandé), un cœur où tout se passe (on ne peut pas enlever la passion – et les idées – aux participants). Cela est donc globalement tout à fait positif.

Par contre, parce qu’ »aller pitcher » est accompagné d’un éco-système qui passe du choix du duvet à celui du pack de bières sans oublier le dress-code (tenue de ping-pong généralement), il y a un temps-logistique incompressible qui s’ajoute à celui du travail effectif en séance de pitch.

Là, quand on est étudiant, ça devient plus compliqué à gérer et surtout plus problématique sur un plan pédagogique.

Parce qu’un premier fond du problème est là (on va creuser ensuite) : manquer des cours (ou s’en détourner) pour préparer un pitch alors que lesdits cours sont tous indispensables a minima à long terme, quelle est la rentabilité exacte ?

J’ai en mémoire un groupe d’étudiants qui avaient fait « sauter » un cours sur le business plan sous prétexte de pitch à venir. Bonnnn, allez, ok, on est open… Retour au bercail, « ça s’est bien passé, M’sieur, mais ils ont jugé notre montage financier trop léger ». Ah, dommageable coïncidence…

Simple problème de timing ? Certainement. Mais justement, ne nous précipitons pas sur les pitches sans être certain(e)s d’avoir les connaissances minimales.

Par ailleurs, il y a de vrais talents parmi les étudiant(e)s et je confirme que certain(e)s ont tellement la fibre business qu’ils pourraient se passer de cours théoriques (avec du vécu pro’ dedans, en ce qui me concerne). Mais combien sont-ils ?

Surtout, pour ces personnes-là, ne pas aller pitcher ! Grave erreur d’intelligence économique.

L’an dernier, une présentation de projets faite en collaboration entre une école de commerce et une école d’ingénieur s’est déroulée sur le campus de la Doua (Lyon-Villeurbanne). J’y assistais pour encourager « mes » étudiants. Notre attention s’est assez vite portée sur un trentenaire sorti de nulle part, inconnu aux bataillons. Il était là, bardé de « gadgets » technophiles. Un classique geek ? Pas que.

En l’ayant approché, j’ai eu du mal à saisir son discours. Une langue française (volontairement ?) peu intelligible, des objectifs évasifs. Clairement, pas de pudeur de gazelle comme dirait l’autre, il espionnait les pitches !

Là est un autre problème de ces séances publiques : les meilleures idées peuvent être volées, les meilleurs concepts/prototypes peuvent être pillés, les meilleurs noms de domaine internet peuvent être fauchés (s’ils me lisent ils se reconnaîtront…), etc. Pas d’angélisme, qu’importe les chartes de « bonne conduite », le pillage économique commence là, y compris parmi les coachs, parfois, et les sociétés partenaires (souvent ?). Et si c’est proprement scandaleux, ça n’en est pas moins un risque avéré.

Le pitch reste une expérience à vivre. Surtout humaine. Et j’encourage sincèrement tout étudiant(e) à y participer, d’autant qu’il y a de belles réussites par ce biais-là. Mais ce n’est un outil d’apprentissage qu’à partir du moment où les bases sont présentes. Ne nous leurrons pas. Et si les bases sont acquises, par formation ou par gènes, n’y allez plutôt qu’en spectateur. Votre projet (de qualité) sera davantage à présenter dans la confidentialité du bureau d’un business-angel ou d’une société de capital-risque et réussira tout aussi bien. Et ce sera vous derrière, pas un pirate de l’information économique.

Préparez-vous à pitcher, mais faîtes-le en connaissance de cause. Il ne faudrait pas que ça aboutisse à piquer… Bons projets !

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