Les insuffisances supposées ou réelles de nos dirigeants politiques sont régulièrement relevées sur ce réseau social et ailleurs.

On leur reproche principalement leur grand manque d’anticipation et de réalisme face à une crise sanitaire prévisible, si ce n’est annoncée.

Et l’on déplore évidemment les conséquences organisationnelles, qui ne sont toutefois pas grand chose (mais bien sûr tout est lié) à côté des conséquences humaines.

On promet dores et déjà de tirer des leçons de cette crise, de se mettre à penser différemment… parce que, après coup, il n’est pas possible de ne pas avoir imaginé les conséquences de la délocalisation d’activités stratégiques comme la production d’équipement de santé/protection.

Et il n’est pas possible que les décideurs politiques n’aient pas écouté les empêcheurs de penser en rond qui dénonçaient l’impact inévitable des réductions de budget dans le domaine de la santé.

Belle posture… Belle posture que celles de ces managers qui veulent entraîner leurs troupes dans un nouvel élan, un nouveau mode de pensée.

Belle posture que cette utilisation de nouveaux outils de télétravail pour contrer le blocage actuel, première traduction concrète de ce nouvel élan qui, regardez, est bien là.

Mais, dîtes, dîtes… les « managers », vous en ferez quoi de votre beau nouvel outil connecté en ligne et par APIs démultipliées quand, au choix voire même en pack :

  • les GAFAM que vous utilisez sans trop de réserve auront bien espionné et exploité vos échanges professionnels ?
  • ces mêmes entreprises se mettront à vous faire payer ces services que stratégiquement elles vous mettent en place gratuitement, pour l’instant ?
  • leurs dirigeants politiques décideront de « couper (ou réduire) le tuyau » par rétorsion politique/diplomatique/commerciale/etc. ?
  • il y aura une coupure de certains échanges par, là aussi au choix : attentat sur câbles sous-marins, attaque massive des DNS encore peu protégés, développement exacerbé de la cyber-criminalité (crise économique mondiale oblige) etc. ?
  • vous voudrez vous retourner vers des services locaux qui n’existeront plus parce qu’ils auront été négligés et auront donc disparu ?

Les entreprises technologiques françaises et européennes sont les masques de protection de demain.

A choisir, dans une majorité des cas, le tout-américain pour des applications critiques en entreprise, c’est se mettre exactement dans la peau d’une ministre de la santé incapable de s’assurer des stocks nécessaires face à une crise qu’elle n’a aussi pas su voir venir.

Après, je n’oublie pas le real-management qui est l’application en entreprise de la real-politique : il faut bien avancer… OK, admettons, mais un temps seulement. Parce que l’époque se complexifie et la facilité en devient donc un peu suicidaire.

J’ai lu ce matin le post d’une dirigeante d’un groupe de prêt-à-porter qui se réjouissait d’avoir créé un groupe de 500 collaborateurs sur… Facebook. Il y a l’urgence mais… Facebook quand même !

Et puis va faire du management avec cela, quand au beau milieu de tes sessions professionnelles en ligne les collaborateurs recevront, parce que l’identifiant de connexion est le même, leurs partages habituels de leur réseau familial/amical (ah les vidéos sur le confinement, parfois irrésistibles).

Et cette problématique de management n’est bien sûr que la partie émergée de l’iceberg…

Quitte à penser, et on ne peut reprocher à personne de ne pas le faire, il faut penser encore un stade plus loin : celui de la continuation de l’activité bien au-delà de l’urgence actuelle.

La crise est profonde, douloureuse. Extrayons-en le seul côté sans doute positif : la nécessaire remise en cause de la façon de gérer qui nécessite une bonne dose de vaccination contre la facilité, le court-termisme et le one-shot financier.

Bonne veille technologique nationale / européenne, bonne budgétisation de vrais services de travail à distance et d’organisation globale de l’activité via internet.

Et bonne santé personnelle, implicitement…

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